L033 LES PORTUGAIS et LA VICE ROYAUTE DE GOA

L033 – Les Européens dans la Péninsule Indienne Les Portugais et la Vice-Royauté de Goa (1499-1961)

Livret de 22 pages – 15 Photos – Cartes

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Livret de 22 pages – 15 Photos – Cartes

EXERGUE : En 1770, l’Abbé Guillaume Raynal écrivit :

«Au début du 15ème siècle, il n’y avait pas quarante mille Portugais sous les armes et ils faisaient trembler l’Empire de Marve, tous les barbares d’Afrique, les Mammelouks, les Arabes, et tout l’Orient, depuis l’Isle d’Ormuz jusqu’à la Chine. Ils n’étaient pas un contre cent. Quels hommes devaient donc être alors les Portugais et quels ressorts extraordinaires en avait fait un peuple de héros ? » – « Histoire philosophique et politique des établissements et ducommerce des Européens dans les Indes » – Abbé Guillaume RAYNAL – 1770 »

 

Et le célèbre historien portugais de BARRIOS écrit :

 

« Ils (les Portugais) combattent les Maures plutôt comme les ennemis de leur foi que comme les envahisseurs de leur pays …. Le royaume du Portugal a été fondé dans le sang des martyrs et par ses martyrs s’est étendu dans le monde entier ».

 

En 1488, le navigateur portugais Diaz de Novaes achève la « poussée » centenaire de ses prédécesseurs découvrant progressivement la côte Ouest de l’Afrique et il atteint le Cap situé à la pointe Sud de ce continent. Il double ce Cap, auquel il donne le nom de Bonne-Espérance et il navigue dans l’Océan Indien. La route maritime des Indes et de l’Orient, dont les Occidentaux rêvent depuis longtemps, est ouverte.

 

Les Pays d’Occident sont alors de plus en plus riches et réclament de plus en plus des produits d’Orient, les fameuses épices, les soies, les porcelaines… dont l’acheminement par voie de terre des caravanes est trop longue, trop dangereuse, trop couteuse.

 

La voie maritime que Novaes vient de découvrir ouvre donc bien, un nouveau monde.

 

Le Portugal réalise parfaitement l’importance de cette « ouverture » et prépare tout de suite, dès 1490, une expédition maritime vers l’Inde… C’est alors que tombe la nouvelle. Christophe Colomb qui à l’Ouest recherche une voie maritime vers les Indes, a découvert l’Amérique et « on » se demande s’il ne faudrait pas mieux consacrer ses efforts à développer le nouvel « eldorado » américain, plutôt que d’exploiter la route maritime de l’Orient.

 

L’expectative sera vite levée car il se révèle que l’Amérique ne peut livrer ni épices, ni soies, ni porcelaines !!! Le Portugal décide alors, avec beaucoup de clairvoyance, d’aller de l’avant avec ses projets d’exploitation de la route maritime des Indes.

 

Dès juillet 1497, Vasco de Gama, navigateur réputé, vogue avec trois navires vers les Indes.

 

Le 20 mai 1498, Vasco de Gama atteint Calicut, un port important de la côte Ouest de la Péninsule Indienne. Les Portugais sont, en ce jour de mai 1498, les premiers « européens » à toucher un territoire des Indes depuis Alexandre Le Grand, 1 800 ans auparavant.

 

Vasco de Gama négociera avec le Zamorin, le prince hindou, souverain de Calicut et de la région. Il ne pourra obtenir alors les droits commerciaux qu’il réclame, mais les contacts établis sont « bons » et il a bon espoir de pouvoir dans le futur trouver avec le Zamorin des accords favorables. Vasco de Gama décide alors de rentrer au Portugal avec une cargaison de marchandises, en laissant sur place une « équipe » de ses matelots ayant pour mission d’établir sur place un « simple » comptoir.

 

Vasco de Gama rejoindra le Portugal en 1499, et le Roi du Portugal considérera que les résultats obtenus par cette première expédition sont, dans l’ensemble favorables, et il décide immédiatement de lancer une deuxième expédition de 13 Caravelles. Il confie cette expédition à un jeune portugais Pedro Cabral qui part de Lisbonne, le 9 mars 1500.

 

Le voyage commence relativement mal… Cabral est victime d’une erreur d’orientation et il touche le Brésil dont il prend possession au nom du Roi du Portugal, puis il reprend sa navigation vers les Indes, il double le Cap de Bonne Espérance et atteint Calicut en septembre 1500.

 

Cabral est arrogant et brutal et très vite ses relations avec le Zamorin deviennent impossibles et finalement, il devra se replier sur Cochin, un port au Nord de Calicut, ou il amorcera des contacts heureux avec le prince local, qui l’autorise à créer, à Cochin même, un comptoir commercial qui devient le quartier général du Portugal dans les Indes.

 

Cabral rentre au Portugal en 1502, avec dix de ses Caravelles lourdement chargées de marchandises qui seront vendues sur le marché européen à des prix exorbitants en assurant à son expédition un profit énorme.

 

Le courant est alors amorcé et les expéditions portugaises vont se multiplier.

 

En 1505, le Portugal crée la Vice-royauté des Indes, et Francisco Almeida en est fait le Vice-roi.

 

Francisco Almeida est un grand homme de mer, et un remarquable stratège. Il a analysé la situation et il est convaincu qu’il ne pourra s’implanter solidement dans les Indes qu’à deux conditions :

 

–       en premier, disposer d’une flotte puissante, lui assurant une domination sans partage sur l’Océan Indien,

–       en second, s’appuyer à terre sur des ports fortifiés répartis au long des côtes de la Péninsule Indienne.

 

Almeida est convainquant et il réussira à obtenir de Lisbonne 8 navires de ligne de grande valeur pour appuyer ses Caravelles.

 

En même temps, il renforce sa flotte en armant des navires locaux de 200 – 300 tonnes et en « formant » leurs équipages « à la portugaise ».

 

Cependant les Arabes qui contrôlent, depuis plus de 300 ans le commerce dans l’Océan Indien, réalisent alors que les Portugais sont devenus une réelle menace pour leur monopole et ils réagissent, tant sur mer où ils attaquent tous les navires portugais, qu’à terre où ils interviennent auprès des princes locaux (avec lesquels ils entretiennent de très anciennes relations) pour empêcher les Portugais de créer des points d’appui sur les côtes.

 

Les Portugais connaitront de terribles et sanglants revers, mais Almeida ne cédera pas. Il attend son heure, car il sait que de jour en jour, il renforce sa flotte et que sur terre il développe de bonnes et confiantes relations avec les princes locaux.

 

Son heure viendra, le 2 et 3 février 1509, lors de la bataille navale de Diu.

 

Pour les Occidentaux, la bataille de Diu, n’existe pas, elle est ignorée, et ces Occidentaux n’ont certes pas conscience, qu’à l’échelle de l’Histoire du Monde, Diu est probablement plus important que Lepante.

 

Diu est une petite ville, avec un bon port, situé sur la côte Sud du Saurashtra, une province au Nord de la côte Ouest de la Péninsule.

 

Les « adversaires » sont une flotte musulmane composée  de navire appartenant à différents pays musulmans, dont le Yémen, l’Egypte, la Turquie, et certains Sultanats Indiens qui sont fédérés pour imposer leur loi, dans l’Océan Indien et ses abords.

 

Contre eux, la flotte portugaise d’Almeida.

 

La flotte musulmane comprend 12 navires de ligne Yéménites, et Egyptiens, 80 grandes galères turques, 30 navires de guerre divers appartenant au Sultanat Indien du Gujerat et la principauté de Calicut, et puis 4 000 hommes embarqués. Cette flotte représente une réelle force et peut être appuyée par les  excellentes batteries côtières de Diu.

 

La flotte portugaise comprend 19 navires de ligne, 1 300 soldats embarqués et 400 auxiliaires indiens de Cochin. La puissance de cette « flotte » est inférieure à la puissance de la flotte musulmane, mais ses capacités de manœuvres sont remarquables.

 

Pendant deux jours manœuvres et combats, se terminant généralement par l’abordage, se succèdent. La flotte musulmane aura 4 navires de ligne coulés, et 8 capturés. Plus de 40 galères turques couleront. Les pertes en hommes sont incroyables.

 

Du côté Portugais, aucune perte de navire, mais les pertes en hommes sont terribles. Sur les 1 300 hommes embarqués, à peine 200 survivront.

 

Il n’y aura pas de prisonniers, ni d’un côté, ni de l’autre.

 

Le retentissement de cette victoire portugaise dans l’Océan Indien et dans tout l’Orient sera immense. Les Musulmans sont éliminés de l’Océan Indien et ne pourront y revernir.

 

L’Histoire tourne une page et les Portugais dominent désormais les routes maritimes de l’0ccident vers les Indes et vers la Chine et l’Insulinde.

 

Almeida, le grand vainqueur, bouleversé, dit-on, par l’horreurs des combats de Diu, où il a perdu son fils au cours d’un abordage héroïque, quitte la Vice-royauté en septembre 1509.

 

Il est remplacé par Alfonso de Albuquerque, un navigateur de grand renom, et aussi un remarquable organisateur et stratège.

 

Comme Almeida, il est convaincu que le Portugal ne pourra s’établir sur les côtes de la Péninsule et conserver sa domination incontestée de l’Océan Indien qu’en disposant à la fois d’appuis terrestres puissants et d’une flotte invincible.

 

Et Albuquerque entreprend et travaille.

 

Il va tout d’abord renforcer la flotte d’origine portugaise par une flotte locale disposant de navires locaux «  modernisés » et développés par ses ingénieurs. Ce faisant, il accomplit une « première » dans l’Histoire en réalisant une coopération technique fructueuse entre locaux et leurs colonisateurs.

 

Par ailleurs, il aborde très habilement les princes locaux. Avec les uns il négocie, il paiera les uns et,  soudoiera beaucoup d’autres. Enfin il menacera et parfois attaquera les récalcitrants. Il va ainsi obtenir en 10 ans des acquis précieux.

 

En premier ce sera Goa, un beau port qui ne demande qu’à être développé. Il lui sera cédé par le Sultan de Bijapur avec une étendue terrestre assez considérable qui permettra à Goa de faire figure d’une principauté, d’un Etat et non plus d’un « comptoir commercial ». Puis au long de la côte Ouest de la Péninsule, seront occupés Chaul (notre Bombay actuel) Daman, Bassein et bien sûr Diu et Cochin.

 

Solidement installé, dès 1520, sur terre et dominateur sur mer, Albuquerque va concevoir et offrir au monde la sécurité de navigation dans l’Océan Indien et aux abords des mers de Chine, alors que cette navigation est toujours compromise par une piraterie intense.

 

Le « système » est simple, « on » accepte les règlements portugais contrôlant la navigation et on paie une redevance. Si « on » n’accepte pas le « système », généralement on disparait corps et biens !!!

 

Les redevances sont élevées et vont avec le développement intense du trafic maritime, se transformer en sommes monumentales, Goa est presque instantanément riche, extrêmement riche.

 

Et cette richesse, inégalée dans le monde d’alors, va permettre de créer un Etat Souverain prospère et puissant :

 

–       d’énormes travaux sont réalisés, construction d’un grand port, développements de ????? maritimes, ouvertures de mines, routes…

–       des constructions souvent monumentales sont réalisées : bâtiments de l’administration, palais, chapelles et églises modeste, cathédrales flamboyantes d’or, de pierres précieuses et aussi habitations  du commun.

 

En même temps un réseau commercial puissant est créé pour rabattre sur Goa les marchandises des pays d’Extrême-Orient qui seront alors en toute sécurité exportées vers l’Europe.

 

En 20 à 30 ans Goa est devenue une des plus grande ville du monde, et une des plus belles et des plus riches. Dans son port, dans ses rues, se côtoient tous les commerçants, les entrepreneurs et aussi les explorateurs et tous les escrocs du monde.

 

Toute cette extraordinaire explosion n’a été possible que grâce à une entente, que l’on veut qualifier d’exceptionnelle, entre les populations locales et les conquérants portugais.

 

Le Portugal est alors un petit pays dont les ressources humaines sont limitées et très vite les responsables portugais navigateurs et administrateurs vont s’en rendre compte lorsqu’ils demandent à Lisbonne l’envoi de soldats, de travailleurs, d’entrepreneurs et ne reçoivent pratiquement personne.

 

Il va donc falloir « faire » avec la population locale qu’on ne pourra limiter, comme de coutumes, à l’exécution de travaux secondaires. Il va falloir trouver au sein de cette population locale des collaborateurs … qui très vite deviendront des associés.

 

Bien sûr les Portugais n’avaient aucune chance de survivre dans ces Indes tentaculaires sans adopter cette politique, mais il n’en reste pas moins que ce peuple portugais a alors donné la preuve d’une grande clairvoyance, d’une grande sagesse, et peut-être aussi d’un certain sens chrétien de l’égalité… et ils ont réussi ce qu’aucun autre peuple européen n’a réussi… ils ont réussi la « mixité ».

 

Ainsi,  va naître une population nouvelle, la population goanaise majoritairement de religion chrétienne et culturellement marquée tant par ses origine hindous que par l’apport portugais. Une population qui assumera sa mixité et son originalité et s’intégrera dan l’Inde du 20ème siècle.

 

Et cependant les glorieuses années de la Vice-Royauté s’estompent. Le gouvernement victime de ses richesses s’est assoupi, alors que le peuple ne pense plus qu’à sauver ses acquis. On ne crée plus, on se contente de survivre.

 

Seuls les Vice-Rois et leurs cours maintiennent un extravagant protocole de fêtes encore somptueuses.

Il faudra cependant attendre les années 1580 et l’apparition des aventuriers hollandais, qui avec une volonté et un courage indéniable vont se jouer des contrôles de la flotte de Goa dans l’Océan Indien et compromettre l’équilibre commercial établi par Goa.

 

Puis apparaitront les Anglais qui enlèveront rapidement aux portugais leurs réseaux commerciaux.

 

Goa n’est plus qu’un petit état, certes encore riche, mais qui n’a plus aucun rôle à jouer sur la Péninsule.

 

Goa s’endort pour ne se réveiller qu’en 1954 et faire face à l’Union Indienne qui depuis 1947 domine la Péninsule… Courage ? Folie ? Le Portugal sera jusqu’au bout le dernier des pays européens à résister et à refuser de s’intégrer dans l’Union Indienne, qui à grand regret finira, en 1961, par s’imposer en occupant militairement le Territoire de la Vice-royauté Portugaise de Goa

 

Les Portugais ont été les premiers, avec courage.

 

Ils seront les derniers avec honneur.


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